Le premier quartier zéro mégot de France sera bordelais

200 millions de mégots seraient jetés par terre chaque année à Bordeaux, 250 000 sur la seule place Stalingrad rive droite. La ville de Bordeaux et Bordeaux Métropole ont donc décidé de lancer avec l’association EcoMégot une vaste expérience de collecte, de recyclage des mégots et de sensibilisation dans le quartier de La Bastide. Objectif : en faire le premier quartier zéro mégot de France ! 

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« Les mégots sont une sombre saloperie dans les villes. » Jérôme Siri, maire adjoint du quartier La Bastide à Bordeaux ne mâche pas ses mots. Pour autant, pas question pour lui aujourd’hui de verbaliser les personnes qui jettent leur mégot dans la rue. « Le coercitif ne peut intervenir que si on a mis des moyens suffisants en face. En l’occurence, la solution proposée par EcoMégot est intéressante. » La ville de Bordeaux et Bordeaux Métropole ont donc décidé de lancer avec l’association une expérience à La Bastide qui, si elle est concluante, sera étendue à toute la ville.

Collecter et recycler

Concrètement, EcoMégot a installé 50 bornes-cendriers dans les espaces publics de ce quartier, à proximité des arrêts de tram notamment.

« Les mégots sont collectés une fois par semaine à vélo. On récupère ainsi 12 000 mégots qui sont ensuite stockés, l’objectif étant de les recycler » explique Erwin Faure, le fondateur d’EcoMégot. « Concernant le recyclage, nous avons ensuite deux options. Faire de la valorisation énergétique en utilisant le mégot comme combustible de substitution, mais ce n’est pas ce que nous privilégions. Autre possibilité : faire une valorisation matière du mégot de cigarette et ainsi réutiliser le tabac, le papier et le filtre. »

Plusieurs études menées par des bureaux d’études et des laboratoires sont en cours pour tester les diverses possibilités et ensuite trancher. En attendant, les mégots sont stockés.

Déploiement national dès 2018

Sur le terrain, Jérôme Siri voit déjà une nette amélioration depuis la mise en place de ce dispositif. « Il y a beaucoup moins de mégots par terre. C’est visible. » Le but est de faire de La Bastide le premier quartier zéro mégot de France « et on n’a pas le choix, il faut qu’on y arrive parce que le mégot est un gros polluant » réagit Jérôme Siri, mais aussi de développer le concept partout en France dès 2018. « Plusieurs collectivités nous sollicitent déjà » se réjouit Erwin Faure qui tient à préciser que les cendriers sont fabriqués localement dans le cadre de chantiers d’insertion. « Ainsi, si nous nous implantons à Lyon par exemple, les cendriers seront faits là-bas, pas à Bordeaux. »

A Bordeaux, la ville et la métropole, partenaires de ce projet, apportent à elles deux un financement de 20 000 euros. Par ailleurs, une délibération du conseil municipal a été votée pour permettre à EcoMégot d’installer ses cendriers gratuitement sur l’espace public.

« On ne va pas d’une main donner une subvention et de l’autre faire payer un loyer » explique Jérôme Siri. « La Bastide est un quartier d’expérience et le maire Alain Juppé l’a très bien compris. J’ai fait le pari de multiplier la population du quartier par deux sans multiplier par deux l’empreinte écologique. Alors on teste. »

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Noé, la plateforme bordelaise qui révolutionne la filière construction

Des espaces de co-working, des salles de réunion, des parkings, des solutions de recyclage et de valorisation des déchets, de la location de matériel mais aussi bientôt une monnaie climatique. La plateforme de services mutualisés inter-chantiers est officiellement en service à Bordeaux. Objectif : minimiser l’impact et les nuisances des chantiers. C’est une première en Europe. 

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« L’idée au départ était de proposer une mutualisation pour les chantiers, mais c’est devenu bien plus que cela. Noé est une plateforme de services permettant de mutualiser à l’échelle urbaine. Les professionnels du bâtiment, des grands comptes aux petits artisans, sont invités à utiliser ce nouvel outil mais les riverains aussi » insiste d’emblée Philippe Moulia, administrateur principal de cette plateforme dont le projet avait remporté l’appel à manifestation d’intérêt de l’EPA Bordeaux Euratlantique en 2016. Il est aussi le directeur d’Eiffage Construction Nord Aquitaine.

Limiter l’empreinte carbone

Ouverte depuis octobre dernier, la plateforme Noé gérée par le groupement d’intérêt économique qui réunit Eiffage Construction, Eiffage Route et Suez, est véritablement opérationnelle depuis le début de l’année. L’idée : limiter les nuisances, telles que la congestion du trafic, les émissions de carbone, générées par l’opération Bordeaux-Euratlantique – vaste opération d’aménagement d’une durée de 20 ans avec 2,5 millions de m² à bâtir sur un territoire de 738 ha à proximité du centre-ville. En d’autres termes, il s’agit de limiter l’empreinte carbone. Une monnaie climatique sera d’ailleurs mise en service sur le site au cours du deuxième semestre 2018.

« La monnaie Noé récompensera la démarche CO2 des entreprises adhérentes aux services de la plateforme. En clair, via le compte CO2, vous créditez des euros CO2 liés à la baisse de votre consommation d’énergie et de votre empreinte carbone. »

« Revoir nos process »

En attendant, la plateforme met déjà à la disposition des professionnels des parkings, des locaux, une déchèterie. Il est également possible de louer des véhicules, du matériel, de se restaurer « et on ne paie que ce que l’on consomme » insiste Philippe Moulia. D’autres services sont encore attendus. Il y aura notamment de la formation ainsi que la mise en service dans l’année d’une application qui permettra de réserver l’ensemble des services proposés par la plateforme.

« Cette plateforme, c’est la vraie prise de conscience de la révolution qu’il y a dans la filière construction. Les coûts indirects sont intégrés dans le prix de vente. Mais, aujourd’hui, les clients n’ont plus les moyens de payer les prix auxquels nous sommes arrivés. Ici, on mutualise donc on fait des économies mais cela veut dire qu’il faut revoir nos process que l’on soit architecte, bureau d’étude, artisan, TPE ou PME. »

Objectif : exporter le concept

Deux mois à peine après le lancement officiel de cette plateforme, Philippe Moulia affiche déjà un large sourire.

« Au-delà des services proposés à la carte, des entreprises s’implantent dans ce que nous appelons « le village » et nous venons de signer un contrat de prestation pour 150 000 euros, c’est au-delà de nos espérances. Par ailleurs, un constructeur national vient de nous passer commande d’une mini-plateforme sur son propre site. »

D’autres villes sont d’ailleurs intéressées : Paris, Marseille, Lyon, Bruxelles. Mais avant d’exporter ce concept, Philippe Moulia entend bien démontrer la pertinence de son modèle économique. « N’allons pas trop vite. C’est une première en Europe. La mutualisation à ce niveau n’existe pas » insiste Philippe Moulia. Noé a nécessité un investissement de 2,5 millions d’euros.

Moins de feux pour une ville apaisée : l’expérimentation bordelaise

Bordeaux Métropole a voté fin 2015 la suppression de 300 feux tricolores d’ici à 2022. L’expérimentation en cours a pour objectif d’améliorer la sécurité, de fluidifier le trafic et de perfectionner l’usage de l’espace urbain. D’autres cités ont déjà testé et approuvé la démarche dans un souci d’apaiser la ville.

« Nous n’avons pas besoin d’électronique pour faire du smart. » Sébastien Dabadie, directeur des infrastructures et des déplacements à Bordeaux Métropole, l’assène aujourd’hui haut et fort, preuve que la conception de la mobilité en ville a changé depuis les années 1980.

« À cette période, les feux étaient la réponse à tout, à la vitesse, à la sécurité. Ils étaient synonymes de modernité. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. On constate aux feux des prises de vitesse en fin de vert et parfois une trop grande confiance du piéton dans la couleur du feu. Il y a quelques années, une analyse locale nous a permis d’aboutir à ce résultat : sur les 24 carrefours les plus accidentogènes, 23 étaient gérés par des feux. »

Les limites de Gertrude

Après s’être tourné vers les services techniques du centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (Cerema), à la fin de 2015, l’agglomération bordelaise a donc décidé de supprimer 300 feux tricolores d’ici à 2022.

« Ce serait d’ailleurs bien d’aller plus loin et d’en enlever 500 sur les 960 existants« , complète Michel Duchène, vice-président de Bordeaux Métropole chargé des grands projets d’aménagement urbain. À la place : des giratoires, des stops, ou encore des cédez-le-passage.

Selon des chiffres datant de 2015, la métropole bordelaise est la championne du carrefour à feux, avec un ratio de 1,26 pour 1.000 habitants, devant Lyon (1,21), Paris (0,78) et Nantes (0,57). La mise en place de Gertrude l’explique en partie. Gertrude, c’est une société créée en 1981 par la Communauté urbaine de Bordeaux avec l’objectif de développer un système d’avant-garde pour améliorer ou résoudre les problèmes de circulation. Mais c’est surtout un logiciel qui permet d’adapter en temps réel le cycle des feux à la densité du trafic. En 2015, il était utilisé dans neuf pays, 29 villes, pour gérer plus de 3.800 carrefours. « Avec Gertrude, on a tiré le meilleur de ce qu’on pouvait faire avec un carrefour à feux« , reconnaît Sébastien Dabadie.

« Nous ne souhaitons pas la fin de Gertrude« , insiste toutefois Michel Duchène, même si lui aussi reconnaît que « ce système arrive à ses limites. Il y a peut-être eu un effet pervers à vouloir tout régler par les feux et l’électronique. » Depuis la fin de 2015, changement de cap donc. Bordeaux a expérimenté l’extinction d’une quarantaine de carrefours à feux, ce qui va permettre à la métropole de réaliser des économies.

« Un carrefour à feux coûte 5.000 euros par an, dont 1.000 euros dédiés à la consommation, détaille Michel Duchène. Mais ce n’est pas ce qui prime dans la démarche. Le but est d’améliorer la sécurité, la fluidité du trafic et de perfectionner l’usage de l’espace urbain. »

Sébastien Dabadie complète :

« Le carrefour à feux est le seul carrefour où le piéton n’est pas prioritaire. Priorité donc aux mobilités douces, aux piétons et aux vélos. »

Les exemples de Nantes, Abbeville ou Drachten

Certaines villes en France et dans le monde sont très en avance en matière de suppression des feux, et d’autres s’y mettent, à l’instar de Bordeaux mais aussi Paris.

« Nantes n’a pas recréé de feux pendant des années et a plutôt misé sur les giratoires. Cela remonte aux années 1980« , commente Christophe Damas, chargé d’études sur les carrefours à feux et la régulation du trafic urbain au Cerema. À Abbeville (23.000 habitants), ce fut plus radical :

« Il ne reste plus qu’un seul feu, qui sera supprimé l’année prochaine. Avec les giratoires, la fluidité est bien meilleure, personne ne veut revenir en arrière », reconnaît Jean-Marie Hémerlé, adjoint chargé de l’urbanisme et initiateur de la démarche en 2009.

Christophe Damas cite également l’exemple de « Drachten, en Hollande, qui a fait le choix de supprimer tous les objets routiers dans une démarche de redesign de la ville, pour une ville plus apaisée. Il n’y a plus de signalisation, plus rien. »

« Mais attention de ne pas tomber dans la caricature. Tous les exemples ne sont pas à copier », poursuit-il. « Comme tout équipement, les feux ont leur domaine de pertinence. Lorsqu’on évoque la suppression des feux, il ne s’agit pas de tous les enlever, mais de supprimer ceux qui ne sont plus utiles. Un feu reste utile quand le trafic est élevé, et ne l’est plus quand le trafic est faible. Les villes évoluent, les niveaux de trafic, les vitesses, les usages également. Aussi, des feux qui ont été utiles à une époque peuvent avoir perdu de leur pertinence. C’est à chaque collectivité de faire des choix en fonction du trafic. »

Même devant les écoles

Ainsi, Bordeaux Métropole a par exemple choisi de ne pas supprimer les feux sur les boulevards où le trafic est dense. En revanche, devant les écoles, c’est en cours.

« Un seul carrefour à feux a dû être remis en service mais nous n’avions pas été bons sur la signalisation. De manière générale, les résultats sont satisfaisants. Par ailleurs, rien n’est fait au hasard, les riverains peuvent nous faire part de leurs souhaits, mais chaque suppression fait l’objet d’une étude », développe Michel Duchène.

Les feux améliorent-ils la sécurité ? La question n’est pas simple pour le Cerema qui cite notamment le guide de conception des carrefours à feux aux États-Unis : la suppression des feux qui ont perdu leur pertinence aboutit à une réduction de l’accidentalité pour peu qu’elle se fasse dans un cadre réfléchi et conforme aux règles de l’art.

Sur ce sujet enfin, Christophe Damas insiste pour dire que « ce qui a changé, c’est la prise de conscience politique. Elle est d’ailleurs très liée au développement du vélo. En Europe, beaucoup de villes se sont lancées dans l’espace partagé et la ville apaisée. »

Publié sur la tribune.fr le 17/05/2017

 

 

Décrocher un vélo avec son smartphone, c’est possible !

Plus rapide et plus simple. A Bordeaux, il est désormais possible de décrocher son V³ directement à la borne du vélo, sans passer par la borne centrale. Il suffit d’être muni de sa carte d’abonnement ou d’un smartphone NFC. C’est une nouveauté encore jamais testée.

wp_20161215_021-1Le V³ express a été officiellement lancé le 15 décembre au dépôt V³ situé à Bègles.

C’est une première en France ! A Bordeaux, les utilisateurs du Vcub vont pouvoir tester le V³ express. Concrètement, ce nouveau service permet de décrocher le vélo directement à la borne à laquelle il est attaché. Finis donc les codes à rentrer au niveau de la borne centrale. Pour cela, il suffit de se munir de sa carte de transport TBM chargée d’un abonnement V³ ou d’un smartphone équipé NFC avec un abonnement sur l’appli « V³facile ».

« Dans d’autres villes, il est possible de prendre un vélo avec sa carte d’abonnement, mais pas avec un téléphone » insiste Nicolas Meillan, responsable d’exploitation du Vcub chez Cykleo, filiale de Keolis.

C’est invisible à l’œil nu, mais pour mettre en place ce nouveau système, il a fallu procéder à de nombreuses modifications au niveau de la borne.

 « Nous avons ajouté un petit matériel sur les bornes, c’est le principe d’une antenne. Il y a aussi toute une technologie avec une carte électronique qui a été programmée. Enfin, le logiciel principal a été modifié » explique Nicolas Meillan.

L’expérimentation est lancée dans plusieurs stations de Bordeaux Métropole (Gare Saint-Jean, Jardin Public, Tourny, Gambetta). Fin 2016, il y avait 17 000 abonnés au V³. Ce vélo en libre-service qui a gardé son nom malgré le passage de la communauté urbaine de Bordeaux (CUB) à Bordeaux. Le vélo a la cote !